Les vacances de Monsieur Magritte

La Collection IAC

du  au 
En résonance avec le Festival de la Correspondance 2018 de Grignan, qui aura pour thème « La Belgique », l’IAC réunit des œuvres de la Collection IAC et des créations de Charley Case, pour cette exposition franco-belge/belgo-française.

Prêts des œuvres de la Collection IAC, Rhône-Alpes : 
- Francis Alÿs, Sometimes Making Something Leads to Nothing, 1998
[Parfois faire quelque chose ne mène à rien]
- François Curlet, Architecture fainéante, 2006 - 2007
- François Curlet, Wall Drawing Yourself, 2007
[Faites votre dessin vous-même]
- Philippe Durand, Arbre à ballons, 1994
- Erik Dietman, Cacafish Cacafisca, 1982
Ernest T., Boîte n°2, 1988
Sous-titre : 14 peintures nulles (combinaison A) n° 111 à 124
- Christian Lhopital, Bouche bée, 2013
- Alain Séchas, Papa, 1995
- Evariste Richer, L’œil du perroquet, 2008
- Didier Trénet, Étude pour une révérence endimanchée, 1991
- Angel Vergara, Sans titre, 1995
- Françoise Vergier, Les Vacances de Monsieur Magritte, 1990 - 1991
L'œuvre de Robert Filliou, La Joconde est dans les escaliers, vers 1968, est issue de la Collection du Musée d’art moderne et contemporain, Saint-Étienne Métropole (Donation Vicky Rémy, 1992)
Charley Case, La nuie lactée, 2018
Charley Case, Man Peace, 1995 - 2018

Né en 1969 et vivant à Bruxelles, Charley Case a été invité à présenter de nouvelles créations au sein de l’exposition, en prologue au Festival de la Correspondance. Adepte de la simplicité, du voyage avec un pinceau et une bouteille d’encre de Chine, l’artiste voit l’homme tel un arbre qui marche, un jardinier de l’environnement et un défenseur des espèces.
Placée sous le signe de l’humour poétique, décalée et caustique, cette exposition souligne la capacité des artistes à développer un sens critique particulièrement aiguisé. Elle nous invite à méditer sur le fameux énoncé de Robert Filliou, qui n’a pas fini de nous titiller : L’art est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art. Entre poésie et fantaisie, extravagance et lucidité, cette exposition est sans frontière…

L’EXPOSITION 
Avec l’œuvre Les Vacances de Monsieur Magritte* (1990-1991), Françoise Vergier a travaillé sur la mise en image de la sculpture. Elle fait référence au peintre belge René Magritte et à la peinture d’un œil en gros plan, Le faux miroir, tout en reprenant le titre du film de Jacques Tati, Les vacances de Monsieur Hulot, avec la dimension de carte postale et une certaine tendresse sur les choses qui déclenche le rire. Entre peinture surréaliste et cinéma burlesque, les trois fragments de corps de la sculpture font face à la fresque monumentale La voie lactée de Charley Case où une sagaie est plantée en plein cœur des étoiles. Charley Case porte un regard lucide sur le monde tribal en opérant un geste fort, au plus près de « l’œil de la Galaxie ». À proximité, la sculpture éphémère Arbre à ballons de Philippe Durand est une accumulation de ballons de baudruche multicolores où le mot « Souvenir » est décliné en sept citations aussi nostalgiques que drolatiques : « Souvenir des madeleines Proust », « Souvenir du Camping Europe 2000 de Marseillan-Plage »…. L’artiste dessine ainsi un arbre généalogique des souvenirs où la permutation textes/couleurs est à l’image de l’instabilité de la mémoire et les souvenirs des uns se confondent avec ceux des autres…
Avant de franchir le seuil de la deuxième salle de l’exposition, se tient La Joconde est dans les escaliers de Robert Filliou** : Mona Lisa devenue concierge en pleine tâche ménagère. Malicieusement, Robert Filliou pensait que tout un chacun pouvait ne pas prendre l’histoire de l’art au sérieux…
La Joconde ainsi banalisée nous entraîne vers L’Œil du perroquet d’Evariste Richer, un « horizon artificiel » modifié qui tourne de manière incongrue et semble entraîner avec lui l’espace tout entier. Evariste Richer touche à nos certitudes et met en forme, non sans une certaine ironie, une totale perte de contrôle. En face, Architecture fainéante de François Curlet s’amuse de l’opposition des idées pour aller vers des oeuvres autant critiques que poétiques/humoristiques dans l’objectif d’une architecture désinvolte, dégoulinante... Elle fait face à un dessin mural en noir et blanc, toujours de François Curlet, où Marge Simpson dans son bain a aussi des problèmes de gravitation avec son célèbre chignon… Les œuvres Boîte n°2/14 Peintures nulles, 1988 d’Ernest T. et les dessins Sans titre d’Angel Vergara sont chacun à leur manière une réflexion sur la peinture : la signature de l’artiste pour Ernest T., l’interaction entre l’art et la vie pour Angel Vergara. En résonance avec le travail de François Curlet, elles montrent combien les artistes sont en situation d’observateurs en vue d’une intégration partielle ou totale d’éléments dans leur propre travail.

Dans la dernière salle de l’exposition, tout est dit dans le titre de Francis Alÿs : « Parfois faire quelque chose ne mène à rien ». Pour l’artiste, il s’agit de pratiquer la flânerie dans la ville, pour en extraire de véritables manifestes. Poétique et politique, l’intention est donnée, avec un ensemble d’œuvres où se dégage un humour corrosif, décalé, comme Papa d’Alain Séchas qui interroge la mort de la peinture de chevalet et la transmission entre les générations.

Tout près, la sculpture d’Erik Dietman, Cacafish Cacafishca, est un assemblage de bronze et de bois flotté, au socle en trépied un peu bancal, et dont le titre en forme de rébus semble être une déclaration de liberté par l’artiste sculpteur.
Étude pour une révérence endimanchée est emblématique d’une pratique propre à Didier Trenet de singer des figures de rhétorique, de jouer sur des tournures de style par aphorismes et de composer des glissements sémantiques, au profit d’une prose lucide sur le monde. Avec un savoureux mélange de kitsch et d’ornemental pompeux, les œuvres de Didier Trenet sont des combinaisons hybrides qui ressemblent à des poèmes visuels, ludiques et transgressifs.
Bouche bée de Christian Lhopital est un bidon de lessive personnalisé avec des yeux de peluches inattendus. Ce « personnage » venu d’ailleurs, lové dans une niche qui surplombe la salle, semble observer le comportement des visiteurs : étonnement, curiosité, sidération, satisfaction ?
Le parcours de l’exposition s’achève avec une installation, Man Pissing de Charley Case, allégorie du Manneken-Pis de Bruxelles devenu l’arroseur arrosé. Il est question de prendre le temps d’oser regarder de très près ce que des artistes, de Belgique ou de France, prélèvent et restituent de la vie, avec distance et un certain art du comique.

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imprimé le 21 juillet 2018 [15:51] depuis l'adresse IP : 54.81.244.248
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