Francis Alÿs

Né en 1959 à Anvers (Belgique) 
Vit et travaille à Mexico (Mexique), à New York (États-Unis) et à Londres (Angleterre, Royaume-Uni)

Après des études d’architecture en Belgique et en Italie, Francis Alÿs quitte l’Europe, en 1990, pour le Mexique, où il s’engage finalement dans une activité artistique intense et diversifiée – allant de la performance à la vidéo et au film documentaire, et de la photographie à la peinture et au dessin.
L’artiste a réalisé de très nombreuses expositions. Deux expositions d’envergure ont largement fait connaître son travail dans les années 2000 : d’une part, Francis Alÿs : la obra pictória [l’œuvre picturale], 1992-2002 présentée en 2003 par le Centro nazionale per le arti contemporanee de Rome, le Kunsthaus de Zurich et le Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía de Madrid ; de l’autre, Walking Distance From the Studio produite en 2005 par le Kunstmuseum de Wolfsburg et accueillie ensuite par le Musée des Beaux-Arts de Nantes et le Museo d’Art Contemporani (Macba) de Barcelone.
En 2017, il présente l’exposition Ciudad Juárez Projects à ASU Art Museum (Arizona), après avoir bénéficié d’une première exposition personnelle en Autriche, à la Sécession de Vienne (Le temps du sommeil, du 17 novembre 2016 au 22 janvier 2017).

La ville est le principal matériau du travail et des réflexions de l’artiste. À l’origine de la plupart de ses projets, de longues déambulations dans la ville au cours et à partir desquelles il produit, dans un premier temps, notes et dessins, voire collages et peintures. Ces derniers sont régulièrement suivis de projets de performances, elles-mêmes pouvant aussi déboucher sur des vidéos. Se conduisant dans l’espace public comme un passant à la fois impliqué et regardant les choses avec distance, Francis Alÿs tend un miroir à la société et développe un travail fondé sur l’anecdote de la vie quotidienne, sur le témoignage de quelque chose de vu ou de vécu. Il produit des histoires courtes, des sortes de « fables » dont il veut aussi qu’elles puissent échapper au discours explicatif sur l’art et s’affranchir de la diffusion des œuvres par l’institution – celle des musées et des galeries. Il prend le parti de rendre l’œuvre d’art directement accessible au plus grand nombre par le biais de l’événement et d’une parole que l’on peut qualifier de « publique ». Son point de vue est que « si l’on peut réduire le propos à une petite histoire qui se transmet, elle n’appartient plus à personne, elle se socialise et elle fait tache d’huile. Elle peut se reproduire à l’infini ». Ses œuvres ne visent alors pas à être des objets figés (pour l’exposition) mais sont construites et revendiquées comme des processus dont le développement dans la société reste toujours et encore à venir.

La subtilité et la qualité du travail de Francis Alÿs résident dans le fait qu’il fonde ses travaux sur des concepts forts, des concepts « politiques » (au sens de ce qui concerne la polis, la ville) qui débouchent sur des thèmes et des formes qui y répondent pleinement : son regard et sa pensée humanistes sur le monde le conduisent à prendre position, en tant qu’artiste, avec des images ou des événements inattendus qui s’introduisent dans les interstices de l’ordre établi et le contredisent. La modestie et la discrétion de ses actions, une légèreté et une forme de fantaisie et d’ironie, la formulation de l’inutile et enfin la dimension d’un temps retrouvé, au milieu de l’agitation réglée des sociétés strictement organisées, ne sont évidemment pas les signes d’une quelconque naïveté d’un individu qui vivrait hors de son temps et de la société du spectacle : ils servent, dans un rapport visuel inversement proportionnel, l’accomplissement d’interventions ciblées dans le monde.

Les performances de Francis Alÿs relèvent d’un art de la trace et peuvent donc aussi donner lieu, par exemple, à des photographies coloriées, des vidéos ou des cartes postales. Pour l’action intitulée The Collector [Le Collectionneur] (1991), l’artiste a circulé dans les rues de Mexico en tirant derrière lui une sorte de petit chien sur roues en métal aimanté qui attirait tous les résidus et objets métalliques présents au sol. Défiant « en direct » la condition traditionnelle de l’œuvre d’art, il faisait de cette dernière un outil d’exploration du monde social. Tandis que l’artiste mettait l’œuvre en acte, cette petite « sculpture » mobile se transformait au fur et à mesure de sa traversée de la ville et « collectionnait », en quelque sorte, les éléments d’un réel urbain. Parcourir la ville et se mêler à la communauté humaine est le point de départ à partir duquel Francis Alÿs peut lancer des coups de projecteur sur nos conditions collectives modernes d’existence. En cela, le choix de Mexico comme « laboratoire » de création correspond parfaitement à la volonté de l’artiste de faire état des difficultés sociales de niveau planétaire et de tenter ainsi de redéfinir l’action de l’artiste dans sa société. Pour Alÿs, Mexico est un « paradigme du milieu urbain » et « la ville [est] un lieu de sensation et de conflits d’où l’on peut extraire les matériaux pour créer des fictions, de l’art et des mythes urbains ».

La collection

Francis Alÿs

Sometimes Making Something Leads to Nothing

1998

La collection

Francis Alÿs

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imprimé le 21 juin 2018 [21:39] depuis l'adresse IP : 54.225.31.188
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