Gilles Aillaud

Né en 1928 à Paris
Décédé en 2005 à Paris

Passionné de dessin dès l’enfance, Gilles Aillaud entame dans un premier temps des études de philosophie avant de se tourner vers la peinture en 1949. Son travail se situe d’emblée dans une tradition figurative – notamment en réaction à la pratique de l’abstraction qui domine le champ des arts plastiques à cette époque – et se concentre au cours des années 50 sur la représentation d’oiseaux et de paysages marins.

En 1965, il cosigne avec Eduardo Arroyo et Antonio Recalcati le polyptyque Vivre et laisser mourir ou la Fin tragique de Marcel Duchamp, qui suscitera les plus vives réactions. Dans ces huit tableaux, les peintres se sont représentés en assassins du vieux maître pour s’opposer à un art abstrait ou conceptuel apolitique. Toutefois, il ne s’agit pas pour Gilles Aillaud de remettre en cause l’importance de Marcel Duchamp dans l’Histoire de l’art, mais bien de condamner le nouveau dogmatisme défendu par les artistes de son époque : « Ce n’est pas le père que nous voulons tuer, mais l’ordre que représente le père et par rapport auquel nous cherchions à nous démarquer. C’est pourquoi nous avons dû prendre la figure de délinquants1 ».

Gilles Aillaud s’inscrit dans le mouvement de la Figuration Narrative, officialisé en 1964 lors de l’exposition Mythologies Quotidiennes au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris. Bien qu’elle partage avec le Pop art une imagerie empruntée à la société de consommation et à la culture de masse, elle s’en distingue par la réhabilitation de la narration (sous la forme de compositions fragmentées, d’une figuration stylisée et en aplat et de l’introduction de séquences dans l’image) et par l’engagement politique dont font souvent preuve les artistes de ce courant. La Figuration Narrative cherche à maintenir continuellement en éveil notre rapport critique aux images.
Les animaux en cage constituent l’essentiel de l’iconographie de l’artiste. Gilles Aillaud s’attache dans ses tableaux à « la relation qu’ils [les animaux] entretiennent avec l’ensemble de la réalité historique dans laquelle ils apparaissent ». L’artiste analyse la relation des animaux à l’espace – factice, artificiel – qu’ils habitent, réfléchissant par là à une déconstruction picturale. Les  codes perceptifs d’une époque sont révélateurs de valeurs sociales, politiques et symboliques de la société dans laquelle ils ont été créés ; pour Gilles Aillaud, les remettre en cause c’est faire preuve d’activisme. « Je ne peux absolument pas me servir de la perspective que donne la photographie ; (…) si tu photographies un coin de cet atelier et qu’ensuite tu tires un tableau de la photographie, le spectateur du tableau va se retrouver rejeté plusieurs mètres en arrière de la scène considérée, alors que dans la réalité (…) tu te trouves en son milieu2 ».
La peinture de Gilles Aillaud s’articule autour d’un système perspectiviste complexe, qui vise à immerger le spectateur dans des espaces faussement stabilisés. Elle joue de la multiplication des points de vue pour mener le spectateur à son propre regard. Fidèle à la phénoménologie de Merleau-Ponty (qui compare notamment la peinture de Cézanne à « un ordre naissant, un objet en train d’apparaître3 »), l’artiste cherche à faire de sa peinture un visible capté et figé sur la toile, un moment où le décor figé s’anime par la découverte de la présence animale.

La collection

Gilles Aillaud

Ours blanc

1981

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imprimé le 24 août 2019 [20:02] depuis l'adresse IP : 18.232.124.77
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